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Ils racontent leur JERUSALEM – Jacques Attali*

Mis en ligne par le 26 octobre, 2009 dans la rubrique Actualités. Vous pouvez suivre les reponses par RSS 2.0. Vous pouvez laisser une reponse.

JERUSALEM, CAPITALE DU MOYEN-ORIENT

Jacques Attali

Jacques Attali

Né le 1er novembre 1943 à Alger, Jacques Attali est économiste, écrivain et haut fonctionnaire. Ancien conseiller de François Mitterrand puis président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, il a présidé la commis­sion pour « la libération de la croissance française » et dirige actuellement PlaNet Finance.

Publié dans le N°52 (oct. 2009)

“ Le village natal de Bethsabée, dont la destruction fut annoncée par Jérémie. « Ursalimmu » des Assy­riens, « Jebus » de Bethsabée, « Sion » de David, « Ville de la justice » d’Isaïe, « Trône de l’Eternel » de Jérémie, « Être aimé » du Cantique des Cantiques, « Argile d’Adam » du Midrash, « Ville du Saint-Sépulcre » des chrétiens, « Al Qods » des musulmans, « Ville de la paix » d’aujourd’hui, ville sacrée pour la moitié de l’humanité ; tous les Juifs rêvent d’y être l’année prochaine, depuis qu’« au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion… » (Psaume 137).

Ville par excellence, rêvée, espérée, uto­pique ; toute l’histoire du monde s’y joue depuis trois mille ans ; tour à tour égyp­tienne, cananéenne, jébuséenne, hébraïque, judéenne, assyrienne, babylonienne, perse, grecque, juive, romaine, perse, parthe, byzan­tine, arabe, ottomane, anglaise, israélienne. C’est à Jérusalem qu’Abraham va sacrifier Isaac ; c’est là qu’est construit par deux fois le Temple abritant le Décalogue ; c’est là que Jésus est crucifié. C’est de Jérusalem que, dans un rêve, Mahomet, au vième siècle, monte vers le ciel sur un cheval ailé ; c’est là qu’est construite, au viie siècle, la mosquée Al-Aqsa, sur l’emplacement même des ruines du Second Temple que Julien avait voulu reconstruire au ive siècle. Ville où, à la fin du xixe siècle, on entendait parler l’arabe, l’allemand et le yiddish bien plus que l’hébreu. Ville sainte pour les trois monothéismes et pour les innombrables Eglises qui parlent en leur nom.

UNE UTOPIE REALISTE

Comment la comprendre ? Arriver par la route qui serpente dans la montagne depuis Tel-Aviv et y observer, sur les bas-côtés, les traces soigneusement conservées des combats de 1948. Se rendre près du Mur occidental, un vendredi en fin d’après-midi, et y attendre les élèves des yeshivot descendant en dansant par l’escalier venant du quartier juif. Visiter la ville trois fois, chaque fois avec un guide différent : grec, hébreu, arabe. Monter sur l’Esplanade des Mosquées. Suivre le chemin du Calvaire. Attendre le début du troisième millénaire devant la Porte d’Or par laquelle est supposé entrer le Messie. Assister, au Saint-Sépulcre, à la succession parfois houleuse des offices des diverses Eglises chrétiennes. Flâner dans le quartier arménien, puis dans le quartier arabe de la vieille ville en se deman­dant comment les marchands du bazar vivent l’insupportable. Se promener dans les cafés des rues piétonnes de l’Ouest, et y dîner dans la hantise de l’attentat. Monter sur le mont Scopus où s’est joué le contrôle de la ville en 1948. Se recueillir dans la petite synagogue de Chagall. Aller visiter les laboratoires ultra­modernes de l’hôpital Hadassah, juste à côté. Dormir dans une des chambres, donnant sur la vieille ville, de l’hôtel King David, là où était installé l’état-major britannique à l’époque du Mandat. Passer quelques semaines à Mish­kanot Shaananim, magnifique résidence face à la vieille ville, pour y écrire. Contempler, sur la droite, le moulin de Montefiore, symbole de l’utopie rurale des mécènes juifs du xixe siècle. Prendre un thé, comme il se doit, à l’Ame­rican Colony où la Palestine se rêve depuis soixante ans. Dîner dans un restaurant arabe, si possible Le Pacha. Voir le Golgotha, qui n’est plus que quelques pierres derrière une vitrine, à droite de l’entrée du Saint-Sépulcre, puis rouler vers le mont des Oliviers, à travers la ville arabe, si délaissée par les maires israé­liens successifs, en croisant une église russe ; et, au loin, les colonies israéliennes.

« A chaque instant, où que l’on soit [...], se laisser prendre par la lumière, si particulière, par l’ambiance, si sereine, par la couleur, si rose, des pierres… »

Puis se heurter au mur, l’autre, celui [...] en béton, qui sépare désormais Israël de la Palestine. Enfin, penser à la future Jérusalem, capitale de deux Etats en paix, puis capitale unique d’un Moyen-Orient rassemblé. Utopie, réaliste celle-là, à portée de main. »

*Extrait du Dictionnaire amoureux du Judaïsme aux éditions Plon Fayard.

26 octobre 2009

1 Response for “Ils racontent leur JERUSALEM – Jacques Attali*”

  1. Deleporte dit :

    Merci , à Jerusalem, l’année prochaine !!!

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