LA VIEILLE VILLE, SES PORTES ET SES FORTIFICATIONS
Ville « trois fois sainte », musée à ciel ouvert, joyau du Moyen-Orient… autant de termes qui ont été utilisés à maintes reprises pour qualifier Jérusalem. S’il est vrai que la présence de nombreux lieux saints et historiques constitue l’un des principaux atouts touristiques de la ville, cette caractéristique occulte encore trop souvent ses autres facettes, pourtant tout aussi intéressantes.
Publié dans le N°52 (oct. 2009) Par Alexandra DA ROCHA

Enserrée par un ensemble massif de murailles et de fortifications, la citadelle est gardée par huit portes monumentales. Sur ces huit portes, six doivent leur construction, au xvie siècle, à Soliman le Magnifique, dixième sultan de la dynastie ottomane. Le souverain bâtisseur, haï et craint par tous les pays d’Europe occidentale, était pourtant vénéré par ses sujets pour sa finesse et son amour du mécénat.

La porte de jaffa
En général, la première porte que les voyageurs franchissent dans leur trajet à partir de l’aéroport est la majestueuse porte de Jaffa. C’est la seule porte située à l’ouest de Jérusalem, c’est aussi celle qu’empruntent la plupart des Juifs qui souhaitent se recueillir auprès du Mur des Lamentations et qui préfèrent passer par Jérusalem Ouest. Elle ouvre la métropole sur la ville d’Hébron (Khalil al-Rahman en arabe), mais aussi sur le légendaire port de Jaffa, d’où son appellation actuelle, que les Britanniques adopteront durant leur mandat, et qui a depuis perduré. Les vestiges du palais d’Hérode (celui dans lequel siégeait probablement Ponce Pilate) sont encore visibles à proximité. Très peu de voyageurs le savent mais, en franchissant cette porte, ils entrent dans un autre monde, une anomalie spatio-temporelle, très éloignée d’un xxie siècle dévoué corps et âme à la consommation. Ici, il est littéralement possible de toucher du doigt l’Histoire. Il se dégage de ces lieux une aura à nulle autre pareille, un sentiment bizarre de se sentir au commencement de toutes choses.
La porte dite ”des Maghrébins”
Au Sud des fortifications se trouve la porte dite « des Maghrébins ». Elle débouche en effet sur le quartier juif qui a accueilli en masse les immigrés sépharades en provenance du nord de l’Afrique au xvie siècle. Elle se situe à proximité directe du Kotel. Les vagues successives d’attentats-suicides dont a été victime Jérusalem ont amené les autorités à y installer un poste de sécurité où l’on procède à une fouille systématique des véhicules et passe les piétons au détecteur de métaux.
C’est aussi la « porte des Détritus » évoquée par le prophète Néhémie. Elle devait se trouver à l’époque à proximité du grand dépotoir de la ville.

La porte de Sion
Encore plus au Sud se trouve la porte de Sion qui aboutit au quartier arménien bâti sur « la montagne de Sion » (d’où son nom) et qui abriterait le tombeau du roi David. Sa dénomination arabe, « porte du prophète David », fait d’ailleurs aussi référence à cette légende populaire. La Cène, la comparution devant le grand prêtre Caïphe et le reniement de l’apôtre Pierre, trois épisodes majeurs des Évangiles, se seraient déroulés dans des bâtiments voisins. C’est aussi cette porte de Sion qui arbore les stigmates les plus visibles de la première guerre israélo-arabe de 1948, celle que les Israéliens aiment à appeler guerre d’Indépendance ou de Libération. L’observateur attentif y découvrira de nombreuses traces de balles et de mortiers. Il s’agit donc d’un lieu particulièrement chargé d’histoire !
La porte des Lions
La seule possibilité d’accéder à la vieille ville par l’est demeure donc la porte des Lions, dite aussi « du Jourdain » selon son appellation officielle, ou encore « porte des Tribus » pour les arabophones et porte Saint-Étienne ou de Sainte-Marie pour certaines traditions chrétiennes. Une porte, cinq noms, pas de doute, il s’agit bien de Jérusalem ! Une légende veut que des lions aient été sculptés des deux côtés de la porte en référence à ceux qui seraient apparus en rêve à Solimane le Magnifique pour lui inspirer la construction des murailles de la ville.

La porte Dorée
Dans la partie orientale, une curiosité ne manquera pas d’attirer l’œil du voyageur, une ouverture gigantesque bouchée, comme à la va-vite, par une œuvre de maçonnerie cyclopéenne. Il s’agit de la porte Dorée. Scellée il y a déjà plusieurs siècles, elle est dépositaire d’un très fort symbolisme religieux. Elle fait face au mont des Oliviers, et les Évangiles rapportent qu’elle aurait été la scène de la célèbre entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, celle que les chrétiens célèbrent lors du dimanche des Rameaux. En réalité, elle recouvre la porte qui eût pu voir ce passage. C’est aussi la première étape pour les chrétiens qui souhaitent parcourir la Via Dolorosa ou chemin de croix. Érigée au ve siècle, c’est l’une des deux seules qui ne remonte pas au règne de Soliman.
Toujours selon la tradition judéo-chrétienne, c’est elle que franchira le Messie à son retour à Jérusalem, lorsqu’aura sonné la fin des temps. Elle partage en outre le nom de porte de la Miséricorde pour les langues arabe et hébraïque. Une confusion linguistique pourrait être à l’origine de son appellation de porte « Dorée ». Les chrétiens l’assimileraient en effet à la « Belle Porte », site d’un miracle accompli par l’apôtre Pierre. Au fil du temps et de la transmission du culte, le terme grec horaïa (« belle ») aurait été abandonné par assonance au profit du latin aurea (« en or » ou « dorée »).
La porte Neuve
Enfin, le long des murailles nord se trouve la porte Neuve, la plus « jeune » de toutes puisqu’elle n’a été creusée qu’en 1887. C’est la seule qui offre un accès direct
au quartier chrétien. Sa principale fonction était à l’origine d’ouvrir une voie de
communication rapide entre les bâtiments de la communauté chrétienne, établie
au nord de Jérusalem, et le centre historique.

La porte de Damas
De toutes les portes, celle de Damas est sans conteste la plus fréquentée et la plus animée. Elle amène le voyageur au cœur même de Jérusalem Est, débouchant sur le bruyant et bigarré marché de la place Musrara. C’était l’entrée privilégiée pour les commerçants de Damas, ville à laquelle elle fait face et doit son nom. Les Juifs en général préfèrent la dénommer « porte de Sichem », en référence à la ville juive bien connue.
Attention, c’est une constante ici ! Chaque lieu important de la ville dispose au minimum de deux, voire trois appellations différentes, quand ce n’est pas plus. Il faut toujours garder à l’esprit que Jérusalem est un amalgame de trois grandes cultures et que chacune d’elle revendique un peu la propriété des lieux.
La porte d’Hérode
La porte d’Hérode, située à l’est de celle de Damas, offre un accès direct au centre du quartier musulman. Elle a conservé toute son authenticité et permet d’observer des scènes de terrasses de café qu’on croirait issues d’une carte postale du Caire ou de toute autre ville arabe. Oui, ce sont bien des narguilés que les serveurs apportent sur leurs plateaux aux vénérables anciens qui devisent tout en sirotant leur thé brûlant !
Cette place est une véritable oasis, paradoxalement encore ignorée de la foule des touristes. Ceux qui y consacreront un après-midi auront cependant le privilège d’y découvrir une facette authentique du quotidien de la Jérusalem musulmane, loin des endroits bondés.