Jérusalem culturelle…

Après avoir goûté à  l’atmosphère unique de la vieille ville, mélange subtil de spiritualité et d’histoire, le voyageur est fin prêt à découvrir la Jérusalem moderne qui, bizarrement, se fond presque avec l’ancienne. Dans le but de préserver l’harmonie esthétique de la ville, les Britanniques ont en effet édicté une loi stipulant que tout nouveau bâtiment devrait arborer sur ses façades la pierre issue des carrières alentour. Ainsi, la « nouvelle » et l’« ancienne » ville partagent les mêmes couleurs chaudes qui ont valu à la citadelle le surnom de « Jérusalem la Dorée ».
Publié dans le N°52 (oct. 2009) par Alexandra DA ROCHA

Le musée d’Israël
C’est le plus connu et surtout le plus vaste de tous les ensembles culturels d’Israël. Il rassemble des collections qui n’ont rien à envier à celles du Louvre avec pas moins de 500 000 artefacts sur l’art en général, l’art juif et israélien, l’histoire du judaïsme et du Moyen-Orient. Mais l’attraction principale du musée, celle qui draine les foules et suscite la fascination, c’est le Sanctuaire du Livre abritant les célèbres Manuscrits de la mer Morte, découverts au milieu du siècle dernier. Son dôme imite la forme des couvercles des urnes qui contenaient les fameux rouleaux. Il est en outre entouré par une fontaine qui rappelle que la localité de Qumran, où ils ont été trouvés, est située près de la mer Morte. En face de lui se dresse un mur de basalte noir, en référence à La Guerre des Fils de la Lumière contre les Fils des Ténèbres, un manuel de guerre retrouvé parmi les rouleaux.
Les Manuscrits de la mer Morte, dits aussi de « Qumran », sont d’une immense valeur pour tous les historiens, qu’ils soient religieux ou laïcs. Ce sont les derniers documents bibliques encore aujourd’hui préservés, et ils attestent notamment de la véracité chronologique de diverses prophéties de l’Ancien Testament. C’est en tout cas ce qui est ressorti de la datation au carbone 14 dont ils ont fait l’objet.
Le musée possède en outre une aile réservée aux enfants, qui dispense toute la journée des programmes qui allient habilement éducation et jeu.
Les amateurs d’art moderne ne pourront faire l’impasse sur le Jardin d’art Billy Rose et ses superbes sculptures pop art et abstraites. Une reproduction saisissante du célèbre « Love » de Robert Indiana en caractères hébreux (phonétiquement « Ahava») a gardé les dimensions gigantesques de l’original.
Ne surtout pas manquer la reproduction à l’échelle 1/40 de la ville de Jérusalem à l’époque du Second Temple. L’échelle 1/40 semble faussement petite ; en fait, la maquette couvre plus de 81 000 m2. Il est alors beaucoup plus facile de se rendre compte des dimensions énormes couvertes par le seul Temple. Bien qu’il soit possible de faire une visite rapide de toutes les ailes du musée en une demi-journée (et encore…), il vaut bien mieux lui accorder toute une journée. Il est tout simplement impossible de le regretter ! Le musée est une escapade familiale par excellence qui se savoure d’autant plus avec ses enfants.
Au-delà de son caractère de simple musée, il a réellement les faux airs d’une « Académie » que ni Platon ni Aristote n’auraient reniée. Ses quatre ailes principales sont en effet entourées de jardins luxuriants rassemblant la plupart des espèces végétales du Moyen-Orient. Des cèdres du Liban y côtoient ainsi des oliviers, dans un chatoiement de couleurs et de senteurs qui enchantera petits et grands.
Sur la colline Givat Ram, à proximité de la Knesset et de
l’Université hébraïque de Jérusalem. Ouvert dimanche, lundi, mercredi de 10 h à 17 h ; mardi de 16 h à 21 h ; vendredi et veilles de jours fériés de 10 h à 14 h ; samedi et jours fériés de 10 h à 17 h

Ammunition Hill
Souvent méconnu, le site d’Ammunition Hill (littéralement : « La colline à munitions ») est pourtant l’une des destinations touristiques de tout le pays puisqu’il propose aux visiteurs de parcourir ni plus ni moins qu’un ancien champ de bataille. Avec des tranchées, des canons, des éclats de mortiers et d’obus. Ammunition Hill, Givat Hatachmoshet pour les locaux, a été le théâtre d’affrontements sanglants en 1967, durant la Guerre des Six-Jours.
Ce qui est aujourd’hui une paisible colline a vu un contingent de « paras » israéliens engager une lutte sans merci contre des légionnaires jordaniens regroupés dans leurs tranchées. Ce « Verdun » de la Guerre des Six-Jours occasionna la perte de 37 soldats israéliens et de 71 jordaniens.
Aujourd’hui, des chemins balisés avec passage par des tranchées restaurées ainsi qu’un musée permettent de revivre la bataille sous toutes ses coutures et de se croire un instant sous le feu de l’action. Le site est toujours l’un des principaux centres d’intégration pour les jeunes recrues de Tsahal, en raison de sa très forte portée symbolique. Un mémorial y a été érigé en souvenir des jeunes soldats qui ont laissé leur vie dans cette bataille.
Dans le voisinage de la Colline française et de Ramat Eshkol
Tél. : 02-670-8811; www.givathatachmosht.org
Ouvert du dimanche au jeudi de 8 h à 8 h ; le vendredi de 8 h à 14 h

Musée Yad Vashem
Difficile de faire l’impasse sur ce gigantesque complexe (plus de 180 000 m2 de superficie) dédié à la commémoration de la Shoah. Situé sur le bien nommé mont du Souvenir, au bas du mont Herzl, il abrite non seulement un musée, mais aussi un campus où les historiens du monde entier viennent consulter l’énorme collection de documents (environ 74 millions de pages, plus de 350 000 photographies) relatifs à la Shoah dont dispose le centre. Après le Mur des Lamentions, il s’agit du deuxième site le plus visité d’Israël.
L’architecture de ce musée de l’histoire de l’Holocauste, inauguré en 2005, est un savant mélange entre modernisme et symbolisme. Après y être entré, le visiteur descend petit à petit sous terre, un peu comme s’il s’enfonçait progressivement dans l’horreur. Il passera alors par neuf galeries réparties sur près de 200 mètres. Pour sortir, il doit remonter un long et sombre corridor qui débouche sur une terrasse offrant une vue à couper le souffle sur Jérusalem.
Ce passage de l’obscurité vers la lumière résume à lui tout seul la philosophie du centre, à savoir perpétuer le souvenir des moments les plus douloureux de l’Histoire afin d’éviter qu’ils ne se reproduisent.
Le centre abrite aussi un musée de l’art de l’Holocauste, qui rassemble de nombreuses œuvres créées dans les camps de concentration, les ghettos et d’autres lieux très peu propices à une quelconque inspiration artistique.
Le centre Yad Vashem comprend aussi plus d’une vingtaine de pavillons d’exposition ou d’apprentissage et de sites commémoratifs. Une journée entière est donc nécessaire pour en faire une visite complète. L’entrée étant gratuite et le site des plus agréables, y effectuer plusieurs passages est aussi une bonne option.
Sur le mont du Souvenir
Tél. : 02 644 3749; http://www.yadvashem.org
Ouvert de dimanche à mercredi de 9 h à 17 h ; jeudi de 9 h à 20 h(entrée autorisée jusqu’à 16  et 19 h)
Bloomfield Science Museum
Le musée Bloomfield apporte une touche de science dans l’océan de spiritualité que peut être Jérusalem à certains moments. Il est tout particulièrement orienté vers l’enseignement de la science aux plus jeunes avec beaucoup d’activités ludiques qui permettront aux tout-petits de s’initier aux bases de la physique, de l’électricité et de l’optique.
Il est notamment possible de « s’électrocuter » avec un courant très faible ou de découvrir la puissance des leviers. C’est donc le lieu idéal pour une sortie familiale.
Campus Givat Ram de l’Université hébraïque
Tél. : 02-654-4888; www.mada.org.il/english
Ouvert du lundi au jeudi de 10 h à 18 h; vendredi de 10 h à 14 h ; samedi de 10 h à 15 h
Le musée du Pays de la Bible
Situé juste à côté du musée d’Israël, dont il partage d’ailleurs le parking, le musée du Pays de la Bible a ceci de particulier qu’il rassemble les collections d’un seul homme, Elie Borowski. Cet universitaire, antiquaire à ses heures perdues, a amassé une impressionnante
collection d’objets rares provenant de toutes les contrées citées dans la Bible, de l’Égypte jusqu’en Afghanistan en passant par l’Arménie et l’Éthiopie.
Il offre ainsi un aperçu du quotidien des Phéniciens, Hittites et autres Philistins. Des expositions temporaires traitant de thèmes aussi divers que les anciens instruments de musique, les bêtes fabuleuses et légendaires ou l’illustration de l’Ancien Testament au tout début de l’art chrétien viennent périodiquement compléter les expositions permanentes.
Granot St. 25 ; www.blmj.org
Ouvert dimanche, mardi et jeudi de 9 h 30 à 17 h 30 ; mercredi de 9 h 30 à 21 h 30 ; vendredi et veilles de jours fériés de 9 h 30 à 14 h

Le musée de la Tour de David
La dénommée « Tour de David » est une citadelle établie à l’ouest de la vieille ville, près de la porte de Jaffa. Bien que l’usage commun ait associé le nom du célèbre monarque avec cette place forte, il s’agit plus d’une légende que d’une vérité historique puisqu’elle a été construite plusieurs siècles après son règne, si l’on s’en tient à la chronologie biblique.
La bastide a joué un rôle clé dans la défense de Jérusalem et a été tour à tour détruite (partiellement ou totalement) et reconstruite par les Romains, les conquérants musulmans et l’Empire ottoman. La « tour », point de repère connu de tous les habitants de Jérusalem, est en fait le minaret d’une mosquée que les Ottomans ont construite quand ils dominaient la cité.
Aujourd’hui restaurée, la citadelle enchantera les amateurs de « vieilles pierres » qui ne se lasseront pas d’admirer la qualité des ouvrages qui s’y sont succédé. Il est en effet possible d’y apercevoir des vestiges des premières fortifications de la ville ainsi que celles des périodes de domination byzantine, musulmane et chrétienne. La vue depuis les remparts est à couper le souffle puisqu’elle domine entièrement la vieille ville qu’elle permet d’observer à 360 degrés.
Ces vestiges forment un cadre idéal pour la thématique du musée qui retrace les quelque cinq mille ans d’histoire de la cité, depuis l’époque cananéenne jusqu’à l’avènement d’Eretz Israël. Les anciennes chambres de garde ont été reconverties en salles d’exposition, chacune étant dédiée à une période particulière. À travers de nombreuses pièces archéologiques, des cartes, des vidéos et des hologrammes, le musée permet aussi de comprendre un peu mieux le cheminement historique qui a fait de Jérusalem une ville sainte pour les trois grandes religions monothéistes.
Tous ces éléments contribuent à faire d’une visite à la Tour de David une très bonne sortie familiale. Les plus petits s’amuseront dans le « château fort », les plus grands apprécieront le voyage dans le temps. À ne pas rater !
Porte de Jaffa
Tél : 02 628 3418 ; http://towerofdavid.org.il/eng/
Ouvert de dimanche à jeudi de 10 h à 16 h ; samedi de 10h à 14 h ; fermé le vendredi
Museum of the Underground Prisoners
Ce musée, encore peu connu, aborde une phase très trouble de l’histoire d’Israël, celle de la résistance au mandat britannique sur la Palestine. Dès le début du xxe siècle, des mouvements juifs « souterrains » s’étaient créés un peu partout sur le territoire palestinien. Face à cette menace, l’administration britannique choisit d’en isoler les éléments qu’elle avait pu arrêter dans un vieux bâtiment du xixe siècle au nord de Jérusalem. De nombreux membres de milices juives (Irgun, Haganah et Lehi), embryon de ce qui allait devenir Tsahal, y étaient ainsi confinés. L’application de la peine capitale n’y était pas rare. Un événement tragique illustre bien cette haine vouée à l’« occupant » britannique. Deux jeunes condamnés, Meir Feinstein et Moshe Barazani, 19 et 21 ans, choisirent ainsi de se donner la mort plutôt que de la recevoir de leurs geôliers. La veille de leur exécution, des complices leur font parvenir deux grenades, cachées dans des peaux d’orange. L’une est destinée au bourreau et au garde officiant durant l’exécution, l’autre doit leur servir à mettre fin à leurs jours. Mais un certain rabbin Yaakov Goldman vient bouleverser la donne. Très impressionné par le courage des jeunes gens, il leur promet d’assister à leur exécution. Craignant pour sa vie et dans l’impossibilité de lui avouer leur plan (le suicide est condamné par le judaïsme), ils choisissent de se faire exploser dans leur cellule. Cette histoire (ainsi que de nombreuses autres) est à découvrir dans ce musée qui nous plonge dans le quotidien de ses anciens pensionnaires.
Compound. Tél : 02 623 3166
Ouvert de dimanche à jeudi de 8 h 30 à 16 h
Mishol Hagevura St. 1, Russian
Les vitraux de Chagall
Petite escapade artistique dans la Ville sainte. La synagogue de l’hôpital Hadassah abrite un exemple unique de vitraux colorés. Unique non seulement parce que de telles représentations sont rares dans le judaïsme, mais aussi parce qu’elles sont signées Marc Chagall. Sur douze vitraux abstraits, l’artiste a représenté les douze tribus d’Israël. Il a fait appel au maître-verrier Charles Marq et a poussé son désir de perfection jusqu’à effectuer plusieurs tests sur les futurs emplacements des vitraux afin de s’assurer que chacun recevrait une juste luminosité.
Synagogue de l’hôpital Hadassah
Tél : 02 677 6271
Ouvert du dimanche au jeudi de 8 h à 13 h 15 et de 14 h à 15 h 30