LE COEUR DE LA VIEILLE VILLE…

Après qu’il ait franchi la porte de son choix, le voyageur se trouve dans un enchevêtrement de ruelles qui le mèneront à travers les quatre quartiers – juif, chrétien, musulman et arménien – qui se partagent un tout petit quadrilatère d’un peu moins de un kilomètre carré. C’est un témoignage immuable de l’héritage multiculturel dont est dépositaire cette ville, et de la fascination qu’elle a exercée par le passé et jusqu’à aujourd’hui auprès des juifs, des chrétiens et des musulmans.
Publié dans le N°52 (oct. 2009) par Alexandra DA ROCHA
Le quartier chrétien
Dans le quartier chrétien, l’église du Saint-Sépulcre, érigée lors du règne de l’empereur Constantin, surprend généralement par la beauté de son architecture où les influences orientales et occidentales se marient habilement. Elle serait bâtie sur les lieux du Golgotha et de la tombe du Christ, raison pour laquelle elle attire chaque année des milliers de pèlerins chrétiens. Pour les plus fervents, c’est l’étape ultime du chemin de croix à laquelle ils aboutissent après avoir parcouru la Via Dolorosa.
Son nom signifie littéralement « le chemin de la souffrance ». Il s’agit pour les croyants de revivre la souffrance du Christ en se recueillant auprès de 14 stations symboliques qui marquent son parcours jusqu’au Golgotha. Certains des pèlerins poussent le réalisme jusqu’à porter eux-mêmes une grande croix de bois. Comme c’est aussi le cas avec la plupart de lieux ayant un passé religieux à Jérusalem, leur véracité historique et parfois même évangélique tient souvent plus de la légende bien ancrée dans les esprits que d’un fait réellement tangible et retraçable. Ainsi, les trois chutes de Jésus (stations 3, 7 et 9) ne sont mentionnées nulle part dans le Nouveau Testament, pas plus que la rencontre avec Marie (station 4), ni celle avec Véronique (station 6). Il est aussi faux de rapporter que les pavés des rues qui abritent ces processions sont celles-là mêmes que le Christ aurait foulées. À l’instar de cités anciennes comme Rome ou Paris, Jérusalem comporte plusieurs niveaux marquant les périodes de démolition et de construction successives de la ville et les rues d’il y a deux mille ans se trouvent quatre ou cinq mètres en dessous de la surface.
Parcourir la Via Dolorosa tient donc plus d’un acte de foi et de dévotion plutôt que d’une réelle recréation historique du Chemin de Croix. Attention, il s’agit réellement d’une épreuve physique et il n’est pas rare de voir des processionnaires s’évanouir sous le poids de la chaleur, de l’émotion ou de la fatigue. D’autres, des femmes le plus souvent, sanglotent, immobiles, dans leur coin.
Toujours dans le quartier chrétien, ne manquer sous aucun prétexte l’église Sainte-Anne, attenante à la piscine Bethesda, lieu de la guérison du paralytique par Jésus. Véritable joyau de l’architecture romane, c’est l’un des sites les mieux conservés de la ville.
Fervente ascension
Une ascension vers le mont des Oliviers est une étape obligatoire pour tous les férus de lieux sacrés du culte chrétien. C’est en effet là qu’est censé se trouver le jardin de Gethsémané où Jésus-Christ passa en prière les heures précédant son arrestation.
Un bâtiment, le Cénacle, aurait comme son nom l’indique, été le témoin de la Cène, le dernier repas du Christ. Un peu plus loin, une église, dite du Pater Noster, serait bâtie au-dessus du lieu où Jésus aurait enseigné le Notre-Père à la foule. Son cloître est connu pour contenir plus d’une soixantaine de panneaux, tous ornés d’une traduction de la célèbre prière. Les plus fervents disent du mont des Oliviers que la présence du Christ y est presque palpable. Non loin de là se trouve un monastère orthodoxe, dit « de la Dormition », qui abriterait, selon la tradition, le lieu où la mère du Christ se serait endormie avant son ascension.
Ascension, c’est aussi le nom d’une mosquée et d’une autre église orthodoxe. Toutes les deux commémorent le même événement : l’élévation du Christ vers le Ciel. La petite histoire a même retenu une empreinte qu’il aurait laissée sur le sol à cette occasion et qui se trouve aujourd’hui dans l’enceinte de la mosquée. Voilà bien une illustration de la convergence des religions qui marque l’atmosphère empreinte d’œcuménisme de la vieille ville.

Le quartier juif
Incontournable, dans le coin sud-est de la vieille ville, le quartier juif possède des vestiges parmi les mieux conservés de tout Jérusalem. Le Kotel est l’un d’entre eux. Du temps d’Hérode, il faisait partie du vaste ensemble de soutènement de l’esplanade du mont du Temple. Il accueille chaque jour des milliers de fidèles qui viennent s’y recueillir. Certains, selon une ancienne coutume, rédigent leurs prières sur un petit morceau de papier qu’ils insèrent entre les pierres.
À seulement un jet de pierre du Kotel se trouve la synagogue ‘Hourva, détruite lors de l’occupation jordanienne et dont la reconstruction devrait s’achever prochainement.
À son emplacement se trouvait autrefois une arche de pierre monumentale qui dominait la synagogue Ramban Nahmanides en contrebas.
Autre visite hautement recommandable, la synagogue Ben Zakai, qui est en fait un ensemble composé de quatre petites synagogues sépharades. L’une d’elles, l’Eliahu Ha’navi, aurait, selon une légende populaire, vu le prophète Élie lui-même participer à un culte durant Yom Kippour.
La chaise sur laquelle il se serait assis a été conservée et est encore exposée aujourd’hui.
Au bas du mont des Oliviers, se trouve le plus vieux cimetière juif au monde et aussi l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand. Il y côtoie des édifices dédiés aux cultes chrétien et musulman. La fameuse tombe du roi David, située près de la porte de Sion et qui n’est en fait qu’un cénotaphe, mérite aussi le détour, ne serait-ce que pour capter toute l’émotion de la petite salle qui est consacrée à la Shoah.

Le quartier musulman
Le quartier musulman s’étend au nord-est de la citadelle. Il abrite la célèbre esplanade des Mosquées, établie au même endroit que l’ancien temple de Salomon. Deux édifices font aujourd’hui sa renommée, le dôme du Rocher et la mosquée d’Al-aqsa.
Le dôme du Rocher, avec sa gigantesque coupole dorée, aurait été bâti à l’emplacement de l’autel sur lequel Abraham voulut sacrifier son fils : Ismaël selon le Coran, Isaac selon la tradition judéo-chrétienne. C’est aussi, toujours d’après le Coran, l’endroit d’où Mahomet se serait élevé vers les cieux. Pour ces raisons, il conserve un caractère doublement sacré pour les musulmans.
Malgré son appellation traditionnelle de « mosquée d’Omar », cet édifice n’est qu’un sanctuaire, les musulmans lui préférant la mosquée d’Al-Aqsa pour leurs prières. Cette dernière se trouve un peu plus bas. Al-Aqsa signifie « le plus lointain », expression qui servait alors à désigner Jérusalem. C’est le troisième lieu saint de l’Islam après La Mecque et la Médine. Les musulmans croient en effet que c’est là que fut transporté le prophète Mahomet depuis la mosquée al-Haram, durant l’épisode connu dans le Coran sous le nom de isra ou voyage nocturne. Il aurait ensuite effectué le mi`raj ou « ascension », accompagné de l’ange Gabriel.
Le fait que l’esplanade des Mosquées soit établie sur l’emplacement du Grand Temple est une source de tensions entre les communautés juive et musulmane de Jérusalem. En effet, si ce site est doublement sacré pour les musulmans, il l’est tout autant pour les juifs qui y situent entre autres le lieu du combat épique entre Jacob et l’ange Gabriel. Pour ces raisons, la plupart des juifs pieux ne s’y rendent pas, même si certains ont émis le souhait qu’il soit ouvert aux prières à l’occasion des célébrations hébraïques.
Le gouvernement israélien continue de procéder à des fouilles archéologiques sous l’esplanade, ce qui a ravivé un peu plus ces tensions et amené les autorités municipales à émettre un certain nombre de restrictions à l’accès au site. Les non-musulmans n’y sont donc pas autorisés le vendredi ainsi que les jours de fêtes musulmanes.