Laurent Gounelle « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ! »

Laurent Gounelle
DESS en poche, la rencontre de Laurent Gounelle avec le monde de la finance est un véritable choc. En quête de sens, il débute alors des études en sciences humaines et se spécialise dans le développement personnel. Il parcourt le monde à la rencontre de praticiens exceptionnels, que ce soit dans le domaine des sciences, du corps ou de l’esprit. Il nous livre ici un parcours initiatique, la recherche d’une certaine forme de bonheur.
Simple, profond et efficace . Â Â Â Â
Publié dans le n°52 par Valérie Rebbouh
INTERVIEW
Tribune Juive : Quelles ont été vos motivations pour écrire ce livre ?
Laurent Gounelle : J’avais envie depuis plusieurs années d’écrire sur le thème des croyances. Le concept de croyance a été pour moi une révélation, non
pas dans son acception religieuse, mais plutôt dans le fait que ce que l’on croit sur nous, sur nos capacités, sur les autres, notre relation aux autres, le monde qui nous entoure va conditionner notre réalité. Je pense que c’est une chance dans la vie d’en prendre conscience et, par là même, de dépasser nos illusions et donc d’avancer. Nos actions sont le fruit de nos croyances, sans notion de jugement, mais ne sont pas non plus le reflet de la réalité. De plus, ces croyances ont toujours des effets, positifs ou limitant. Ce qui m’intéresse, dans une démarche de réalisation personnelle, c’est d’amener mes lecteurs à réaliser qu’ils se limitent par rapport à la réalisation de leurs rêves ou l’atteinte de ce qui pourrait les rendre heureux.
TJ : Votre livre évoque la difficulté de faire des choix. Beaucoup de personnes en effet se refusent à choisir, de peur de renoncer à quelque chose. Mais ils ne réalisent pas que s’ils ne le font pas, la vie s’en chargera pour eux, n’est-ce pas ?
LG : Cette notion de choix est intéressante ; notre époque véhicule en effet la croyance que le bonheur, c’est le choix parmi une multitude de possibilités, mais ce qui revient presque à une absence de choix. Si je passe ma soirée à zapper sur les différentes chaînes de télévision, je n’ai pas choisi ma soirée. Cette illusion du bonheur reposant sur une pluralité de possibles est la meilleure façon de ne pas vivre sa vie. La vie, c’est choisir et renoncer en conscience, choisir de s’investir dans un documentaire, une émission, en comprenant qu’on rate forcément quelque chose sur une autre chaîne, mais que c’est notre décision. J’ai parfois l’impression que la vie d’un certain nombre de gens ressemble un peu à ça et cela me rend triste ; j’ai la conviction intime que ce n’est pas de cette façon qu’ils s’épanouiront.
TJ : Votre « héros », Julian, va se trouver dans la situation de devoir gravir ou non une montagne…
LG : Je suis convaincu que tout a un coût. Tous les plaisirs de la vie ont une sorte de contrepartie. J’ai deux filles en bas âge ; et mon épouse et moi faisons partie des gens qui se lèvent… Quand un enfant pleure la nuit et qu’on ne s’occupe pas de lui, quelle croyance se forge-t-il qui aura effet sur sa relation aux autres, à ses parents ? Mes filles m’apportent un immense bonheur, mais depuis cinq mois, quelle fatigue ! C’est très coûteux, mais je pense que cet immense bonheur est en partie lié à cet investissement. Dans mon livre, il s’agit d’un rite initiatique. Le sage va demander à cet homme de gravir la montagne et donc de souffrir, voir jusqu’où il est prêt à s’investir pour évoluer. Il doit en fait décider d’entamer ou pas une action qui va lui coûter et le faire souffrir. Mais la réalisation du rêve est à ce prix.

Laurent Gounelle
TJ : Pourquoi l’action se situe-t-elle à Bali ? Est-ce autobiographique ?
LG : J’y ai séjourné assez longtemps en 1995 et j’ai rencontré là -bas un guérisseur du corps, et non un guérisseur de l’âme comme il peut y en avoir, quelqu’un qui m’a beaucoup troublé et inspiré pour le personnage du livre. Ce sage est balinais, mais il aurait pu être d’ailleurs. Et seules les 25 premières pages sont autobiographiques.
TJ : Si nous devions ne retenir qu’une seule chose de votre livre, quelle serait-elle ?
LG : C’est un recueil de tout ce qui me tient à cœur, je me sens concerné d’un bout à l’autre.
TJ : Peut-on dire que cette initiation représente en fait ce que vous souhaitez à chacun, que ce sont en quelque sorte vos vœux de Rosh Hachana pour nos lecteurs, afin que chacun puisse se découvrir à travers ses choix ?
LG : Tout à fait, c’est ce que j’aimerais leur souhaiter. Je suis réellement touché quand je rencontre des gens qui n’ont pas la vie qu’ils voudraient alors qu’ils en sont tout à fait capables. Les entendre dire : « ce que j’aurais aimé… » alors qu’en fait, ils se le sont interdit eux-mêmes. Que s’ils ne s’étaient pas limités dans leurs « fausses » croyances, ils auraient été capables de faire tout à fait autre chose…

Laurent Gounelle situe l’action de son livre sur l’île paradisiaque de Bali.
TJ : Et la place du « matériel » dans tout ça ?
LG : Dans notre société, on vit une sorte d’ambivalence à l’égard du matériel, une forme de culpabilité, une double contrainte problématique. Le message du sage par rapport à cela est d’essayer de décomplexer Julian, de le recadrer. Il n’y a pas de mal à gagner sa vie, même bien, c’est juste quelque chose qui permet de faciliter les échanges. En revanche, si nos aspirations sont uniquement matérielles, la vie se vide de sens. Il faut savoir trouver là aussi la juste mesure.
* « L’Homme qui voulait être heureux »,
Anne Carrière éditions, 221 p., 17 euros (prix éditeur).